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Devenir Chauffeur VTC à Abidjan : Uber est Parti, la Commission Réelle est de 18 %, et le Décret Interdit ce que Font les Applications

Yango affiche « jusqu'à 520 000 FCFA par mois » sur sa page de recrutement, et « 10 % de commission » sur une autre. Heetch annonce « 0 % de commission ». Les seuls chiffres réellement sourçables disent autre chose : 18 % de commission, déclarés par la porte-parole de Yango elle-même, et des revenus de 5 000 à 12 000 FCFA par jour selon deux sources indépendantes. Voici ce que le métier est vraiment, décret à l'appui.

La réponse courte.

  • Uber n'est plus à Abidjan. La plateforme a cessé ses activités le 25 septembre 2025, après six ans. Il ne reste que Yango et Heetch.
  • La commission réelle de Yango est de 18 %, et c'est Yango qui le dit — pas les 10 % affichés sur sa page de recrutement, qui s'adressent aux partenaires de flotte.
  • Le décret de 2021 interdit la maraude électronique, c'est-à-dire la fonction même des applications. Il exige aussi un moteur de 114 chevaux quand le parc réel roule en Suzuki Alto.
  • Les revenus réellement sourçables sont de 5 000 à 12 000 FCFA par jour, soit 150 000 à 300 000 FCFA par mois en travaillant tous les jours — à comparer au « jusqu'à 520 000 » affiché.
  • Le gasoil est passé à 725 FCFA le litre au 1er août 2026, après 675 en avril. Votre premier poste de charges a pris 7,4 % en trois mois.

Il ne reste que deux plateformes

C'est le fait le plus important, et la plupart des guides en ligne l'ignorent encore.

Un communiqué conjoint de l'ARTI et de la Direction Générale des Transports Terrestres du 28 janvier 2025 fixait le cadre :

« conformément au décret n° 2021-860 du 15 décembre 2021 réglementant les transports publics particuliers de personnes, seules les entreprises Uber, Yango et Heetch bénéficient d'une autorisation de transport par véhicule avec chauffeur. Les acteurs opérant dans l'illégalité s'exposent à de lourdes sanctions et verront leurs plateformes électroniques désactivées incessamment. »

Trois plateformes autorisées. Il n'en reste que deux en activité.

Uber est parti en septembre 2025

Uber a fermé son application à Abidjan le 24-25 septembre 2025, après six ans de présence — la plateforme était arrivée en décembre 2019. Le retrait a été annoncé par simple message aux utilisateurs, sans communiqué officiel ni explication.

Les raisons avancées par la presse, et non par Uber : défis réglementaires, coûts opérationnels, tarifs jugés chers par les clients. Et surtout un problème de trésorerie des chauffeurs — « de nombreux chauffeurs ont besoin d'accéder quotidiennement à leurs revenus pour couvrir leurs frais de carburant, d'entretien et de subsistance, mais le système de paiement et la structure tarifaire d'Uber ont laissé beaucoup d'entre eux sous pression financière ».

Un piège à éviter : l'application Uber reste téléchargeable sur les magasins d'applications ivoiriens, et sa fiche a été mise à jour fin septembre 2026. La présence dans un magasin d'applications n'est pas une preuve de service local. Ne l'installez pas en pensant travailler avec.

Yango : la Côte d'Ivoire est devenu son premier marché africain

Yango est présent en Côte d'Ivoire depuis octobre 2018. Le groupe a inauguré à Abidjan, le 24 juillet 2025, son siège régional africain — son plus grand bureau du continent, avec environ 200 collaborateurs.

Son dirigeant l'a formulé ainsi : « la Côte d'Ivoire est notre marché le plus vaste et le plus avancé en Afrique ».

Villes desservies : Abidjan, Bouaké, Korhogo, San-Pédro, Yamoussoukro.

Heetch : présent, après un premier échec

L'histoire est en dents de scie. Première tentative en 2019, fermeture après trois mois, et dissolution de l'entité juridique ivoirienne. L'épisode est lié à un pilote de motos-taxis lancé en violation d'un communiqué officiel.

Retour en 2022 : application de nouveau disponible le 30 mai 2022, lancement officiel le 20 octobre 2022 au siège d'Abidjan-Treichville.

Heetch est toujours actif en 2026 : page de recrutement chauffeurs en ligne, centre d'aide avec une rubrique Côte d'Ivoire active incluant un espace pour les gérants de flotte, et application mise à jour en septembre 2026.

Un signe de négligence à noter : le lien ivoirien de sa page chauffeurs renvoie une erreur 404. Heetch fonctionne, mais son dispositif web ivoirien est partiellement à l'abandon.

Et inDrive ?

inDrive n'est pas autorisé. Interrogée après le communiqué de janvier 2025, la plateforme déclarait :

« inDrive est en train d'enregistrer son entité locale en Côte d'Ivoire et d'obtenir tous les permis nécessaires. Nous n'avons pas encore lancé la monétisation de nos services. Nos activités ne commenceront officiellement qu'une fois notre enregistrement finalisé. »

Son application est présente sur les magasins ivoiriens, mais nous n'avons trouvé aucune source confirmant un lancement officiel autorisé depuis. Conduire pour une plateforme non autorisée vous expose personnellement.

La commission : trois chiffres affichés, un seul vrai

C'est le point où la publicité et la réalité divergent le plus.

Ce que les plateformes affichent

AffichageOùÀ qui il s'adresse réellement
« Commission de seulement 10 % »Page Yango AbidjanAux partenaires de flotte, pas au chauffeur
« 0 % de commission / Pour de gros bénéfices ! »Page Heetch AbidjanVraisemblablement une offre promotionnelle

Sur le « 0 % » de Heetch, son propre centre d'aide dit le contraire : « Lorsque vous effectuez un trajet en espèces, Heetch ne peut pas toucher sa commission sur le trajet. Votre solde est donc impacté négativement. » Une commission existe donc bien. Son taux réel en Côte d'Ivoire n'est publié nulle part, et nous ne l'inventerons pas.

Ce que Yango déclare elle-même

Lors d'une rencontre presse à Abidjan en août 2025, la responsable des relations publiques de Yango pour l'Afrique francophone a donné le chiffre :

« le modèle économique de l'entreprise repose sur les commissions. Cette commission est de 18 %. Ensuite, le montant perçu est partagé. Sur les 18 %, 3 % sont reversés aux partenaires locaux et 15 % à Yango. »

Ce chiffre est corroboré par deux sources indépendantes :

  • le secrétaire général du Syndicat national des chauffeurs VTC, en mai 2023 : « Sur chaque course effectuée par les VTC, elles perçoivent 15 % de commission sur le tarif contre 3 % pour les sociétés de transports » — soit exactement la même décomposition ;
  • un chauffeur VTC en activité depuis 2022 : « La commission de Yango dépend du type de course. Pour la classe éco, c'est 18 % sur chaque course et pour la classe confort 23 %. »

Ce même chauffeur ajoute une précision historique qui dit beaucoup : « Dans les débuts de Yango, l'entreprise prenait à peine 10 % sur leurs courses. Aujourd'hui, elle est montée à 23 %. Le secteur n'est plus rentable comme avant. »

À retenir : comptez 18 % en classe économique, davantage en classe supérieure. Pas 10 %, et certainement pas 0 %.

Ce que la loi exige vraiment

Le texte de référence est le décret n° 2021-860 du 15 décembre 2021, dont le chapitre VII est entièrement consacré aux voitures de transport avec chauffeur.

Les sept documents exigés

L'article 6 impose à la plateforme de vérifier, pour chaque chauffeur :

  1. le permis de conduire correspondant au véhicule
  2. le certificat de visite technique en cours de validité
  3. la vignette de l'année
  4. la carte de transport du véhicule
  5. l'autorisation de transport pour l'activité
  6. un justificatif d'assurance relative à l'activité de transport, couvrant le véhicule, les personnes transportées y compris le chauffeur, et les bagages
  7. le certificat d'aptitude à la conduite routière

Le point 6 mérite votre attention : ce n'est pas une assurance auto personnelle. C'est une police de transport public de personnes. Rouler avec votre assurance habituelle ne vous couvre pas.

Le point 7 aussi. Le certificat d'aptitude à la conduite routière s'obtient avec un permis B, C, D ou E valide et une attestation de formation délivrée par un centre agréé. Et l'article 32 impose un recyclage tous les deux ans dans un centre agréé, sous peine de suspension ou de retrait du certificat.

Le casier judiciaire

L'article 3 interdit d'exercer en cas de condamnation définitive pour : un délit sanctionné par le retrait de la moitié des points du permis ; la conduite sans permis ou malgré annulation ; ou une peine d'au moins six mois d'emprisonnement pour vol, escroquerie, abus de confiance, atteinte volontaire à l'intégrité de la personne, agression sexuelle, trafic d'armes, extorsion de fonds ou infraction à la législation sur les stupéfiants.

Le véhicule

CritèreExigence du décret
Places4 ou 9, conducteur compris — 8 places assises maximum outre le conducteur
Âge5 ans maximum depuis la première mise en circulation
PortièresAu moins quatre, dont une du côté de la prise en charge
Puissance84 kW, soit 114 chevaux minimum — ne s'applique pas aux hybrides et électriques
VignetteAutocollante, obligatoire, mention « VTC », délivrée par le ministère
InterdictionPas de lanternon ni de répétiteur lumineux de taxi

Le seuil de 114 chevaux pose une vraie question. Les modèles massivement adoptés par les chauffeurs VTC à Abidjan sont les Suzuki Dzire, S-Presso et Alto — Suzuki a réalisé 7 385 immatriculations neuves en 2024, en hausse de 36,3 %, portée par la demande VTC. Ce sont des citadines très en dessous de 114 chevaux.

Nous n'avons trouvé aucun arrêté de dérogation ni aucun texte abaissant ce seuil. Nous posons la question sans l'accuser : soit une dérogation existe et n'est pas publiée, soit une large partie du parc n'est pas conforme sur ce point.

Le statut : il n'existe pas de « chauffeur VTC indépendant » au sens du décret

C'est la clé de compréhension de tout le secteur, et elle est structurelle.

Le décret est construit autour de l'entreprise, pas du chauffeur. L'article 30 exige que les cartes grises des véhicules soient établies au nom de l'entreprise de transport. L'article 29 impose l'inscription au registre des VTC et la justification d'une capacité financière.

D'où le modèle dominant, que Yango décrit elle-même :

« Yango ne travaille pas directement avec les chauffeurs. Elle signe plutôt des partenariats avec des sociétés de transport localement. Ces partenaires, propriétaires des véhicules, emploient à leur tour les chauffeurs. Nous, on a zéro véhicule. »

Trois lectures concurrentes de votre statut coexistent, toutes défendues par des acteurs sérieux :

StatutQui le soutient
Travailleur indépendantYango, qui a signé un protocole avec le ministère de l'Emploi pour intégrer les chauffeurs au régime social des travailleurs indépendants et à la CMU
Salarié du partenaire de flotteYango également, qui dit que les partenaires « emploient » les chauffeurs
ArtisanLe syndicat, qui invoque le Code communautaire de l'artisanat de l'UEMOA et inscrit ses membres au registre des métiers

Le syndicat dénonce précisément ce flou : « Les indépendants n'étant liés aux applications et propriétaires de flotte par un contrat à durée indéterminée, cela ne garantit pas la stabilité de l'emploi. »

Ce que les plateformes demandent réellement, et c'est beaucoup moins

Yango, conditions publiées : avoir plus de 21 ans, un permis B, et trois mois d'expérience de conduite. Un smartphone Android 5.0 avec caméra, GPS et 2 Go de mémoire. Puis : formulaire, lien par SMS, dossier, téléchargement de l'application chauffeur, contrôle photo, mise en ligne.

Aucune mention du certificat d'aptitude, de la carte de transport ou de l'assurance transport sur ces pages publiques.

Heetch, conditions publiées : « Rendez-vous sur le site, sélectionnez votre pays et remplissez le formulaire. Si tout est bon, votre compte sera activé en 48 h maximum. » Aucune liste de documents, aucun critère de véhicule.

L'écart entre la loi et le terrain se lit jusque dans les annonces d'emploi. Une offre « chauffeur Yango » publiée à Abidjan en avril 2026 demandait : « être titulaire d'un permis de conduire valide, avoir une bonne connaissance de la ville d'Abidjan, être ponctuel, poli et responsable ». Ni certificat d'aptitude, ni carte de transport, et un « salaire intéressant » jamais chiffré.

Trois dispositions du décret que personne n'applique

C'est la partie la plus déroutante du dossier, et elle est entièrement vérifiable dans le texte.

L'article 36 interdit la maraude électronique. Mot pour mot : « La maraude électronique au moyen d'application de géolocalisation permettant aux voyageurs ou clients de localiser les véhicules de transport de personnes disponibles est interdite aux entreprises de transport utilisant des VTC. » Sanction prévue : amende de 5 à 50 millions FCFA.

C'est la fonction de base de toutes les applications de VTC.

Les articles 34 et 35 imposent le retour à la base. Un VTC ne peut prendre un client que sur réservation préalable justifiée par un ticket mentionnant le nom de l'entreprise, les coordonnées du client, la date et l'heure de réservation, et le lieu de prise en charge. Après la course, il doit retourner chez son exploitant ou stationner dans un parc dédié. Il lui est interdit de circuler sur la voie publique à la recherche de clients. Seule exception : les abords d'une gare ou d'un aéroport, une heure maximum avant la prise en charge.

L'article 37 impose un prix forfaitaire déterminé dès la commande — ce qui est en tension directe avec la tarification dynamique pratiquée par les applications.

Nous n'avons trouvé aucune sanction effectivement prononcée sur ces fondements, malgré la menace du communiqué de janvier 2025.

Le régulateur reconnaît d'ailleurs la situation. Le directeur général de l'ARTI écrivait en mars 2025 :

« l'essor des VTC met en lumière un cadre réglementaire encore flou. Dans bien des cas, l'application inégale des règles existantes génère des frictions. Par ailleurs, la question de la fiscalité, de la protection des chauffeurs et de la responsabilité des plateformes reste en suspens. »

La même publication parle de VTC qui « opèrent dans une zone grise légale ».

La fiscalité a changé en 2026

Point concret, et bien documenté.

Le secteur était depuis deux ans sous un régime de prélèvement à la source de 4 %. L'article 30 de l'annexe fiscale 2026 le ramène à la patente transport classique, calculée selon le type de véhicule. Échéance de paiement : 1er mars 2026.

Deux conséquences importantes :

La responsabilité est solidaire. « Une plateforme de VTC est tenue pour solidaire du paiement de la patente transport des véhicules opérant sur son réseau. Si un propriétaire ne s'acquitte pas de son impôt, l'administration peut se retourner vers la plateforme. » Les plateformes doivent transmettre régulièrement à l'administration fiscale la liste de leurs adhérents et véhicules actifs.

Le syndicat relève que l'impôt retombait sur le mauvais payeur. Le président du syndicat « Dignes Conducteurs de VTC » souligne que le prélèvement de 4 % « a fini par peser uniquement sur les chauffeurs, alors que la patente devrait incomber aux propriétaires des véhicules ».

Louer sa voiture pour conduire : comment ça marche

Puisque la carte grise doit être au nom de l'entreprise, le modèle dominant est celui du partenaire de flotte qui possède les véhicules.

Yango déclarait plus de 150 entreprises partenaires en août 2025, et son directeur pays évoquait en janvier 2026 « des dizaines de milliers de chauffeurs partenaires et plusieurs centaines d'entreprises de transport ».

Une contradiction interne de Yango, que nous signalons. Sa page chauffeurs dit : « Puis-je louer ou prendre une voiture en leasing ? Oui, vous pouvez louer une voiture à l'un de nos partenaires. » Sa page de recrutement Abidjan dit l'inverse : « Tous les chauffeurs conduisent leurs propres véhicules et non des voitures de location. » Les deux pages sont en ligne simultanément.

Le modèle location-vers-propriété

Un acteur l'a structuré et il est bien documenté. Une société fondée à Abidjan en 2024, partenaire de Yango, propose un dispositif où :

« Les chauffeurs effectuent des paiements quotidiens calculés sur leurs revenus et peuvent devenir propriétaires de leur véhicule en environ trois ans. »

Le financement est présenté comme conforme à la finance islamique, et les remboursements sont liés aux revenus du conducteur.

En juillet 2026, cette société a mis en service 200 véhicules 100 % électriques, dont 100 remis à des chauffeurs sélectionnés parmi « des milliers de chauffeurs en attente », avec une priorité accordée aux femmes. Objectif annoncé : 3 000 véhicules dont la moitié électrique.

Les cinq risques réellement documentés

Le versement est quotidien, votre recette ne l'est pas. Le loyer tombe tous les jours, que vous ayez roulé ou non.

La dette envers la plateforme existe, et Heetch l'écrit noir sur blanc : « si votre dette augmente trop et que vous ne la réglez pas, votre compte chauffeur peut être suspendu jusqu'à ce que la dette soit régularisée ». Elle se creuse notamment sur les courses payées en espèces, où la plateforme ne peut pas prélever sa commission.

Devenir propriétaire reste théorique pour beaucoup. Un chauffeur en activité depuis trois ans témoigne : « Non, je n'ai pas encore mon propre véhicule. Au départ du VTC, les chauffeurs avaient certains avantages qui nous permettaient d'économiser. Mais depuis peu, les revenus ont baissé. Il est devenu difficile de gérer les charges du véhicule et économiser en même temps. »

Il n'y a pas de contrat stable, comme le relève le syndicat.

L'impôt retombe sur vous, comme documenté plus haut.

Nous ne publions aucun montant de loyer journalier ou hebdomadaire. Aucune source fiable n'en publie — ni Yango, qui renvoie aux conditions variables de chaque partenaire, ni les opérateurs de flotte, ni la presse. Exigez le montant par écrit avant de signer, et faites préciser ce qui se passe en cas d'accident ou de panne immobilisante.

Combien gagne réellement un chauffeur VTC à Abidjan

C'est la question centrale, et la réponse honnête est inconfortable.

Ce que Yango affiche

PageMontant affichéPériode
Page chauffeurs Côte d'Ivoire« Gagnez jusqu'à 520 000 FCFA par mois »Par mois, avec la note « revenu net du chauffeur après déduction des dépenses »
Page recrutement Abidjan« Gagnez jusqu'à 285 000 FCFA »Aucune période indiquée

Deux chiffres différents, sur deux pages en ligne simultanément, dont un sans unité de temps.

Et les deux pages portent une mention qui vide la promesse de sa substance :

« Yango est un service d'information. Les services de transport sont assurés par des tiers. Il ne s'agit pas d'une offre d'emploi. Les résultats et les revenus peuvent varier et ne sont pas garantis. »

Ce que disent les sources identifiables

SourceDateMontant
Un chauffeur VTC nommé, en activité depuis juillet 2022, interviewé par un média ivoirienjuin 2025« Par jour, je gagne entre 5 000 et 10 000 FCFA. Donc, le mois, je tourne autour de 250 000 FCFA »
Le directeur général d'une société de transport partenaire, dans un communiquéaoût 2022« Aujourd'hui, un chauffeur peut gagner entre 7 000 et 12 000 francs » par jour, présentés comme marges bénéficiaires
Le président de la Maison des Transporteursjuin 2024Les propriétaires de véhicules encaissent 20 000 à 30 000 FCFA par jour — ce n'est pas le revenu du chauffeur

Deux sources indépendantes, séparées de trois ans, convergent sur 5 000 à 12 000 FCFA par jour. En travaillant tous les jours, cela place un chauffeur entre 150 000 et 300 000 FCFA par mois — au mieux, environ la moitié du « jusqu'à 520 000 » affiché.

L'ambiguïté que nous ne pouvons pas lever

Et c'est important : aucune de ces sources ne dit clairement si le montant est avant ou après le carburant et le loyer du véhicule. Le chauffeur dit « je gagne », tout en déclarant dans le même entretien qu'« il est devenu difficile de gérer les charges du véhicule » — ce qui suggère que les charges restent à payer sur ce montant. Le chiffre de l'opérateur de flotte est présenté comme une marge, donc plutôt net.

Nous préférons le dire que de le combler. Aucune étude publique, aucun rapport du régulateur, aucune enquête syndicale ne chiffre les revenus nets des chauffeurs VTC ivoiriens.

Et méfiez-vous des blogs qui vous donneront un chiffre précis. Nos recherches ont fait remonter en tête des résultats des sites qui citent encore les commissions d'Uber à Abidjan — une plateforme absente du pays depuis un an.

Vos charges, et celle qui a explosé

Le carburant

C'est votre premier poste, et il a nettement augmenté en 2026 :

PériodeSuperGasoil
Janvier à avril 2026820 FCFA675 FCFA
1er mai 2026875 FCFA700 FCFA
Depuis le 1er août 2026905 FCFA725 FCFA

Le gasoil a pris 50 FCFA le litre en trois mois, soit 7,4 %. Sur une consommation de 200 litres par semaine, cela fait 10 000 FCFA de charge supplémentaire chaque semaine, soit plus de 520 000 FCFA sur l'année.

La cause est la crise du détroit d'Ormuz, ouverte fin février 2026. Et la Direction Générale des Hydrocarbures précise que « sans l'intervention de l'État, le litre de super aurait dépassé 1 200 FCFA ».

Attention si vous lisez un guide ancien : beaucoup calculent encore sur 820 FCFA. Vos charges réelles sont supérieures de 10 % à ce qu'ils annoncent.

L'entretien

Une règle à retenir pour un usage intensif : faites votre vidange tous les 5 000 km plutôt qu'aux 10 000 km préconisés pour un usage européen. Vérifiez la charge en gaz de la climatisation au moins une fois par an, et changez le filtre d'habitacle tous les 15 000 km.

L'article 25 du décret impose d'ailleurs que le véhicule soit « constamment maintenu en bon état d'entretien ».

Nous ne publions aucun montant pour les pneus, l'assurance transport ou le contrôle technique : aucune source fiable n'en donne.

Ce que nous ne pouvons pas vous dire

Par honnêteté, voici les zones d'ombre — et elles sont nombreuses sur ce sujet.

Les tarifs des courses. Ni prise en charge, ni prix au kilomètre, ni tarif minimum, ni frais d'annulation, pour aucune des deux plateformes. La page tarifaire officielle de Yango est géo-restreinte et ne renvoie aucun montant consultable de l'extérieur.

Le taux de commission réel de Heetch en Côte d'Ivoire, et la nature exacte de son offre « 0 % ».

Les loyers de véhicule. Aucun montant publié par qui que ce soit.

Le revenu net moyen. Voir plus haut.

La périodicité du contrôle technique. L'article 28 renvoie au régime des taxis compteurs, mais nous n'avons pas pu établir la périodicité chiffrée. N'écrivez pas « tous les six mois » sans l'avoir vérifié — nous ne le faisons pas.

Le coût du certificat d'aptitude à la conduite routière et de son recyclage biennal.

Le barème de l'assurance transport public de personnes.

Une réforme annoncée en mars 2026 prévoirait six mesures — plafonnement des commissions, tarif plancher, encadrement de la tarification dynamique, transparence algorithmique, indexation automatique, comparateur de prix — avec un comité technique installé en avril. Nous n'avons trouvé qu'une seule source pour cette information, de qualité médiocre, et aucune confirmation officielle. Nous la mentionnons au conditionnel : rien n'indique que ces mesures soient en vigueur.

Combien de chauveurs VTC à Abidjan ? Entre 5 000 et 60 000

C'est la donnée la plus incertaine du dossier, et l'écart est en lui-même une information.

EstimationSourceDate
5 000 à 6 000 chauffeurs actifsÉtude d'une plateforme spécialisée2024
environ 10 000 VTC dans le paysPresse ivoiriennejuin 2024
20 000 conducteursÉtude d'un cabinet d'audit international2023
près de 20 000 conducteursSecrétaire général par intérim du syndicatjuillet 2025
32 000 véhicules pour la seule ville d'Abidjan, syndicat revendiquant plus de 60 000 adhérentsSecrétaire général du syndicatjuillet 2023

Un facteur dix entre l'estimation la plus basse et la plus haute. C'est l'indice le plus net que personne ne mesure réellement ce secteur — ce qui rejoint l'aveu du régulateur sur le cadre « encore flou ».

FAQ : devenir chauffeur VTC à Abidjan

Uber est-il encore à Abidjan ?

Non. Uber a cessé ses activités en Côte d'Ivoire le 25 septembre 2025, après six ans. Son application reste téléchargeable, mais le service n'existe plus. Il ne reste que Yango et Heetch.

Quelle commission prend Yango ?

18 % en classe économique, selon la déclaration publique de Yango elle-même — dont 15 % pour Yango et 3 % pour le partenaire local. Un chauffeur en activité indique 23 % en classe confort. Le « 10 % » affiché sur la page de recrutement s'adresse aux partenaires de flotte, pas au chauffeur.

Heetch prend-il vraiment 0 % ?

Sa page Abidjan l'affiche, mais son propre centre d'aide décrit une commission et explique comment une dette se forme quand elle ne peut pas être prélevée. Le taux réel n'est publié nulle part. Faites-le préciser par écrit avant de commencer.

Quels documents faut-il légalement ?

Sept, selon l'article 6 du décret n° 2021-860 : permis, visite technique, vignette, carte de transport, autorisation de transport, assurance transport public de personnes — et non une assurance auto personnelle —, et le certificat d'aptitude à la conduite routière, à renouveler tous les deux ans.

Quelles conditions demande Yango ?

Plus de 21 ans, un permis B et trois mois d'expérience de conduite, plus un smartphone compatible. Beaucoup moins que ce qu'exige la loi : les pages publiques ne mentionnent ni le certificat d'aptitude, ni la carte de transport, ni l'assurance transport.

Mon véhicule est-il conforme ?

Il doit avoir 4 ou 9 places, moins de 5 ans, au moins quatre portières, et un moteur d'au moins 114 chevaux. Ce dernier critère exclut en théorie les citadines les plus utilisées par les chauffeurs, et nous n'avons trouvé aucune dérogation publiée.

Puis-je exercer en indépendant avec ma propre voiture ?

Juridiquement, c'est problématique : l'article 30 exige que la carte grise soit au nom de l'entreprise de transport. C'est pourquoi le modèle dominant passe par un partenaire de flotte. Yango déclare elle-même n'avoir « zéro véhicule » et travailler avec des sociétés qui emploient les chauffeurs.

Combien puis-je gagner ?

Les seules sources identifiables donnent 5 000 à 12 000 FCFA par jour, soit 150 000 à 300 000 FCFA par mois en travaillant tous les jours. Aucune ne précise clairement si c'est avant ou après carburant et loyer. Le « jusqu'à 520 000 FCFA » affiché par Yango est accompagné de la mention que ce n'est « ni une offre ni une promesse ».

Combien coûte la location d'un véhicule ?

Aucun montant n'est publié, ni par les plateformes ni par les opérateurs de flotte. Exigez le loyer par écrit, et faites préciser ce qui se passe en cas d'accident, de panne ou de jour sans course — le versement est généralement quotidien, qu'il y ait eu recette ou non.

Le carburant a-t-il augmenté ?

Oui, deux fois en 2026. Le gasoil est passé de 675 à 700 FCFA au 1er mai, puis à 725 FCFA au 1er août — soit +7,4 % en trois mois. Les guides qui calculent encore sur 675 FCFA sous-estiment votre premier poste de charges.

Les applications sont-elles vraiment légales ?

Les plateformes sont autorisées, mais l'article 36 du décret interdit la maraude électronique, c'est-à-dire la géolocalisation des véhicules disponibles par le client — la fonction de base des applications. Les articles 34 et 35 imposent par ailleurs un retour à la base après chaque course. Le régulateur reconnaît lui-même un cadre « encore flou » et des acteurs en « zone grise légale ».

Que change la fiscalité de 2026 ?

Le prélèvement à la source de 4 % est remplacé par la patente transport classique, à payer depuis le 1er mars 2026, calculée selon le type de véhicule. La plateforme est désormais solidairement responsable du paiement.

En résumé

  • Uber est parti en septembre 2025 — il ne reste que Yango et Heetch
  • Commission réelle Yango : 18 % en économique, 23 % en confort — pas 10 %
  • Heetch affiche 0 % mais décrit une commission dans son centre d'aide
  • Sept documents légaux, dont le certificat d'aptitude et une assurance transport spécifique
  • Véhicule de moins de 5 ans et 114 chevaux minimum — un seuil que le parc réel ne respecte pas
  • La carte grise doit être au nom de l'entreprise : le modèle indépendant n'existe pas vraiment
  • Revenus sourçables : 5 000 à 12 000 FCFA/jour, sans distinction claire entre brut et net
  • Gasoil à 725 FCFA depuis août, +7,4 % en trois mois
  • Aucun loyer de véhicule n'est publié — exigez-le par écrit
  • Le décret interdit la maraude électronique, fonction même des applications
  • De 5 000 à 60 000 chauffeurs selon les sources : personne ne mesure ce secteur

Pour aller plus loin :

Sources : décret n° 2021-860 du 15 décembre 2021 portant réglementation des transports publics particuliers de personnes, texte intégral, et sa fiche ARTI ; communiqué conjoint ARTI–DGTTC du 28 janvier 2025 sur les plateformes autorisées ; ARTI, revue « Le Régulateur » n° 3, mars 2025, dossier « VTC en Côte d'Ivoire : que disent les textes ? » ; ministère des Transports — précisions sur la réglementation des VTC ; Ecofin — Uber met fin à ses activités en Côte d'Ivoire après six ans ; Digital Mag — Yango Côte d'Ivoire, modèle économique et commission de 18 % ; Digital Mag — témoignage d'un chauveur VTC sur les commissions et les revenus ; Digital Mag — emplois numériques, VTC et mobile money ; Digital Mag — entretien avec le secrétaire général du syndicat des VTC ; Digital Mag — le DG de Yango Côte d'Ivoire sur la superapp ; CIO Mag — réforme de l'annexe fiscale 2026 et retour de la patente transport ; CIO Mag — inDrive n'a pas encore lancé ses services en Côte d'Ivoire ; CIO Mag — la contribution des VTC au rajeunissement du parc automobile ; Le TamTam Parleur — ce que gagnent les acteurs du secteur VTC ; pages officielles Yango chauffeurs Côte d'Ivoire et recrutement Abidjan ; Heetch — devenir chauffeur à Abidjan et centre d'aide chauffeur Côte d'Ivoire ; Oceans News — grille des prix des carburants applicable en août 2026. Données d'octobre 2026.